dimanche 22 septembre 2013

TOR DES GEANTS - Le récit de Didier

Après mon cuisant échec au Raid 240 de l'an dernier (manque de peau), faisant déjà suite à 2 tentatives avortées sur l'UTMB en 2006 et 2007, j'avais besoin de me réconcilier avec la montagne. Le tor des géants m'est apparu comme une évidence. Bien sûr c'est la course de tous les superlatifs mais pour le diesel que je suis, avec ma constitution agricole, je me suis dit que ça devait passer plus facilement que sur un UTMB ou un GRP couru avec les barrières aux trousses. Bien sûr il y a toujours une petite douleur au talon, mais elle ne m'a pas gênée plus que cela pendant les trails de préparation alors pourquoi s'en faire?


La préparation des 3 derniers mois
1 ultra (Ardennes Méga trail), 3 CO, 3 footing d'1h et 1 raid en Juin
1 ultra (ITT) et 2 footing d'1h en Juillet
5 footing d'1h en Août (dont un d'1h49 quand même!)
4 randos montagne 2 semaines avant la course
Préparation un peu minimaliste mais permettant au moins de prendre le départ avec du jus...

Le matériel
Comme de nombreux concurrents, j'ai opté pour le sac Raidlight OLMO 20L
Ce sac est confortable, les bidons sont stables
Défaut : les coutures de la ceinture porte dossard usent rapidement les tee-shirts techniques
Astuce : passer la ceinture dans une chaussette percée et accrocher le dossard à la chaussette, fini l'usure!!
 Le truc de la chaussette
Dans le sac de base vie fourni par l'organisation, je prévois notamment 2 paires de chaussures, une dizaines de paires de chaussettes, vêtements chauds et crème Nok.

1ère étape
48,6km – 3750D+. La chance ayant été de notre côté lors du tirage au sort, nous nous retrouvons avec Jean-Yves sur la ligne de départ par ce beau dimanche pluvieux de Septembre. La météo l'a dit, ça ne va pas durer.

Monsieur Carotte et Monsieur Epinard
De fait nous tombons le Kway dès les premières rampes du col Arp. Il y a 1300D+ qui passent comme une lettre à la poste, nous arrivons avec Jean-Yves au sommet sous un petit rayon de soleil au bout de 2h30 de course.
Un âne pour faire avancer Carotte
Vers le sommet de l'Arp
Dans la descente nous rencontrons Jean-Michel pour la première fois. A la Thuile, 4h de course,je retrouve Florence pour la dernière fois. Je laisse filer Jean-Yves car je m'arrête pour m'oindre les pieds. Je vais le faire à peu près autant de fois qu'il y a de cols sur la course ce qui me permettra de finir sans la moindre ampoule!
 La Thuile - 1458m
Vers Deffeyes
 17h18 Refuge Deffeyes 2500m – les grondements du tonnerre ont effrayé le soleil
En haut le haut pas
Dans la montée du col du haut pas, traversée de torrent, je glisse et mets les pieds dans l'eau, allez hop changement de chaussettes.
18h35 - Col du Haut pas 2857m 
19h33 J'arrive au ravito Promoud, il pleut bien maintenant, la montée au col Crosatie 2829m dernier col avant la première base vie ne s'annonce pas comme une partie de plaisir. Ascension dantesque dans le vent et sous la pluie, il faut s'arrêter avant le sommet pour sortir la frontale. Je passe le sommet à 21h05. C'est dans la descente qui suit qu'un concurrent chinois laissera la vie. Je ne l'apprendrai qu'à l'arrivée de la course. J'arrive à Valgrisenche à 0h20. Douche, sieste 2h30, repas, changement de chaussures je repars à 4h15 (BH 7h) la pluie a cessé et ne reviendra plus jusqu'à la fin!

2ème étape
Avec 53km – 4137D+, 3 grands cols dont le Loson à 3300m cette journée s'annonce compliquée, heureusement la météo s'est nettement améliorée.
7h49 passage au col fenêtre 2854m, c'est quand même plus agréable avec un rayon de soleil.
Descente du col fenêtre
Je monte les cols à mon petit rythme et déroule tranquillement d'une foulée la plus rasante possible dans les descentes, ce qui fait que je revois souvent ceux qui me passent dans l'ascension. Pas le temps de faire du tourisme à Rhêmes Notre Dame, les 1300D+ du col d'Entrelor occupent mes pensées.
Entrelor vers le ciel
 Entrelor toujours plus haut toujours plus beau
La montée est interminable mais ce n'est pas encore le plat de résistance. Je termine mon assiette à 12h11 et vais digérer durant les 1350D- menant à Eaux Rousses.
Entrelor la descente
Un peu avant d'arriver à Eaux-Rousses on aperçoit sur la montagne d'en face les premiers lacets du col Loson bien exposés au soleil, j'en salive (bave?) d'avance.
14h49 J'entame la montée du col Loson 1640D+. Interminable est le seul adjectif qui puisse convenir, heureusement que des distractions nous sont proposées avec la présence de chamois et bouquetins...
Chamois du Loson
A 19h40 je bascule dans la descente sur Cogne, 1800D- j'active le pas au début pour profiter du jour au maximum.
22h40 Enfin Cogne, pour clore cette journée bien remplie. Nouveau changement de chaussures pour prévenir un début d'échauffement, une bonne nuit d'1h30, un petit repas et ça repart à 2h40 (BH 6h)

3ème étape
Avec 46,6km et 1340D+ la troisième étape fait presque figure d'étape de repos. Néanmoins, pris de somnolence dans la montée nocturne vers la fenêtre de Champorcher je dois faire une nouvelle pause de 45' au refuge Sogno ou un canapé moelleux me tend les accoudoirs . La descente vers Donnas est longue mais agréable. J'y croise Jean-Paul et Denis deux suisses que je retrouverai souvent.
La passerelle vers Pontboset
 Dans la vallée de Donnas
J'arrive à 14h26 heure idéale pour repartir à la fraiche. Une douche, 3h de sieste, un bon repas et je repars à 19h40 (BH 2h00) gonflé à bloc, d'autant que j'ai pris connaissance de tous mes messages d'encouragements.
Menu gastronomique à Donnas
4ème étape
51km – 4584D+. Après avoir atteint le point bas à Donnas 330m, il faut remonter. Les premiers km dans Donnas sont très sympas, un client de bistro m'offre une gorgée de sa bière, je sympathise avec le diable près du pont st martin.
Pacte avec le diable
Pont St Martin
Puis c'est de nouveau la solitude dans une montée difficile. J'arrive au ravito Sassa complètement épuisé et doit me reposer 30' avant de repartir à 1h pour les 900D+ vers le refuge Coda point de mi-parcours. L'arrivée à ce refuge est magique, on débouche sur une crête et on découvre d'un seul coup le piémont et les lumières de Biella. Je récupère 1h au refuge avant de poursuivre ma route. 2h plus tard, je passe au lago Vargno au lever du jour. 
De quoi couper l'appétit...
Premières nausées, j'avais pris depuis le départ des comprimés pour faciliter la digestion, je commence à en voir les limites. Une succession de col jusqu'à Niel, ou je m'octroie 1h de repos. Encore un col et c'est la descente sur Gressoney-st-jean ou j'arrive à 17h50, je me couche tout de suite en mettant le réveil à 20h. Malgré les pauses et les siestes la fatigue s'installe, je ne pensais pas mettre 22h pour ces 51km.

5ème étape
36km 2750D+ Ouf une étape plus light! Je pars à 21h43 (BH 1h00) Je passe le col Pinter à 1h48, je dois me concentrer pour chasser les somnolences. En fonction de la pente mon souffle est plus ou moins court et des refrains de chanson que je ne peux pas choisir ou chasser me viennent à l'esprit pour donner la cadence. Il faudra que je prenne un MP3 car j'en ai marre de fredonner ''les mots bleus'' ou ''1000 colombes'' pendant des heures. Après une pause de 45' au bar de Cuneaz, je m'arrête 1,5km plus loin au refuge Crest pour déguster une délicieuse salade d'abricot et une orange pressée. Jeudi 6h du matin je pars du ravito de St Jacques avec pour objectif l'arrivée à Valtournenche avant midi.
Descente sur Valtournenche
6ème étape
47km – 3404D+. 3h de pause dont une de sieste, et je repars à 14h45 (BH 21h). Je connais le début de ce parcours, nous l'avions reconnu sur 4km jusqu'au lac de Cignana avec Florence.Par contre je découvre les 43 suivants et ils vont être assez cuisants. Une succession de col en altitude peut-être plus usante moralement qu'une ascension sèche avec pour finir la périlleuse descente du col Vessonaz. Je m'arrête dormir 2h à Reboulaz, 30' à Cuney, 1h à Clermont, mes batteries ne tiennent décidément plus la charge. J'arrive à Oyace au lever du jour pour une nouvelle sieste d'1h avant le dernier col de l'étape qui mène à Ollomont. 12H12 je passe le col Brison, et arrive à Ollomont à 13h50. Sieste au soleil, petit repas.

7ème étape
49km – 2609D+. 15h50, il reste 24h pour finir, cette fois j'y crois vraiment, même si l'estomac devient retord. Dans la montée vers Champillon je rattrape un coureur de l'empire du soleil levant paniqué à la perspective du prochain couchant. Il a perdu sa frontale, je lui prête une des miennes. Plus loin je croise d'autres occupants des lieux devant lesquels il ''veau'' mieux s'effacer.
Zut : le passage à nivaches est fermé
Voooooous ne passerez pas!
Col Champillon, l'avant-dernier des 25! La descente vers St-Rhémy-en-bosses est longue et facile. Je pourrai courir, malheureusement mon estomac ne supporte plus les secousses et ne manquera pas de me le rappeler.
Ça sent le dernier jour des cols
Direction St-Rhémy-en-bosses
Houston, on rentre à la maison!
A St Rhémy on me donne un médicament pour l'estomac, je dors 1h et repart vers 1h du matin pour le final. Je retrouve Jean-Paul, le suisse, qui dort debout et nous continuons ensemble. On nous annonce une barrière horaire à environ altitude 2000m non inscrite sur le book. A 2300m nous n'avons toujours rien vu et commençons à douter. Jean-Paul cherche à téléphoner sans succès et perd son téléphone, on s'en aperçoit un peu plus tard. Heureusement les organisateurs vont lui retrouver au petit jour. La barrière, elle, était en fait au refuge Frassati à 2500m. Je fais une de mes dernières siestes au refuge avant d'attaquer le final de Malatra. J'arrive au sommet au lever du soleil, c'est magique.
Col Malatra – La délivrance
La descente sur Bonatti est longue mais je savoure. Un peu trop relâché sans doute, je chute lourdement mais sans conséquences. Bonatti - Bertone je connais dans l'autre sens, j'avais oublié que c'était si long et je dois faire encore 30' de sieste au soleil. Et c'est le final, la descente de Bertone, l'arrivée dans Courmayeur sur le tapis rouge, je lève mes bâtons au ciel.
Voilà c'est la fin de l'aventure, je ne me suis pas trompé en me pensant capable de relever ce défi et j'en tire une vraie satisfaction. J'ai pris dès le début une marge avec les barrières horaires et je me suis attaché à préserver ce petit capital. Mon corps maintenant a compris que c'était fini et se laisse submerger par la fatigue.
La station debout va être pénible pendant quelques jours. Mes pieds, articulations et tendons sont intacts mais mon estomac va mettre plusieurs jours à reprendre le dessus. Mon talon m'a envoyé quelques signaux au début, mais a fini par laisser tomber. J'ai brulé 5kg de graisses diverses sur les chemins valdôtains. Je me suis endormi 16 fois entre 30' et 3h pendant la course pour un total de 20h environ, un peu de quoi être déréglé en fin de semaine. Il faudrait refaire ce tour tranquillement en rando pour encore mieux profiter du paysage et des refuges, mais on ne retrouverait pas cette ambiance extraordinaire, le soutien et les encouragements des 1500 bénévoles, les rencontres avec des coureurs venus des 5 continents, et les SMS de mon fan-club.
Epinard et carotte rapé
Tamura Satoshi - L'homme sans frontale
Entente Franco-Suisse

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Tu as été extraordinaire! grâce à ta volonté , tu as su vaincre les sommets, les maux d'estomac, le manque de sommeil, la solitude... Le Temple d'Amour va te sembler très roulant dorénavant!
félicitations
steph