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Maratouristes/ Dreux
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mardi 8 septembre 2020

Encore un magnifique compte-rendu de Baptiste Chassagne

On avait déjà lu sur le blog le CR de Baptiste vainqueur du trail des Cabornis. Voilà son CR lors de sa troisième place à Pralognan.

💰⚒ LA GRANDE CASSE DU SIÈCLE 🏔🥉
Tour de la Grande Casse (65 km. 4000 D+. 7h03. 3ème)
La Grande Casse. Sommet proéminent du massif de la Vanoise. Promontoire minéral. Perchoir calcaire. Pyramide haute de 3 855 m. Aiguille tissant dans le ciel un décor de cinéma. Mission impossible du jour ? En faire le tour. En moins de 7h. Franchement, ce serait la Grande Classe. Et plus de 7h15 ? Non. Ce serait de la caresse.
Course non-prévue. Au calendrier, le Bélier était planifié. Parcours rythmé. Peu dénivelé. Prémisses de la prépa-Templiers. Le
FESTIVAL DES TEMPLIERS
. Le deuxième véritable objectif de l’année. Le premier a été validé. Courchevel. Où d’un chrono il s’agissait de confirmer les progrès. Là. Moins de certitudes. Retour de vacations. 2 semaines. Pour la récupération. Sur la côte Atlantique. En famille. Quelques jolies séances. Mais pas mal de houblon. Donc. 0 pression. 1 ambition. Causerie d'avant-match avec le capitaine
Janichon
. Dans un mauvais jour, savoir se reposer sur son niveau plancher. Et dans un bon mood, grimper sur son plafond. Découvrir le format 7h. Aussi. S’offrir une jolie bambée pour conclure l’été. Surtout. En bonne compagnie. Avec mon coach, compère de confinement et ami.
Simon Gosselin
.
La veille. Se prendre à rêver. En flagrant délit de fringuant délire. Prendre des risques. Partir devant à deux. Deux issues possibles. La Grande Casse du Siècle. Ou la Grande Casse Moteur. Braquage de banque. Ou explosion de la machine. En plein vol. Assaut de coffre-fort. Ou surchauffe de la turbine. Mais attention. Face à nous. Un monde d’expérience et de talent. D’élégants brigands. Escrocs sans accroc. Gentlemen Cambrioleurs.
Patrick Bringer
.
Andy Symonds
.
Julien Chorier
.
Vollet Greg
. Que des boxeurs aux 400 coups. Mais alors ? Et pourquoi pas ? Deux élèves qui dépasseraient les maîtres. Au gré des kilomètres. Ou. Qui au fur et à mesure des mètres. Mangeraient des kilos de maîtres. En la matière.
4h du matin. Pralognan la Vanoise. L’heure des larcins. Dans la nuit noire. Bal masqué. Valse de frontales. Départ rapide. Première montée tempo. Aujourd’hui, ce sera quitte ou double. Premier tri. Démarche écoresponsable. Plus que quatre. Les frères Dalton. En vadrouille. Quand Lucky Luck n’est pas là, Joe, William, Bill et Averell dansent. Ça tire pas plus vite que son ombre. Mais ça étire lentement l’écart dans la pénombre. Jusqu’à l’aube.
3h de course. Déjà 27 km. Déjà 2300 m de D+. Sensations correctes. Sans plus. Poussif dans le pentu. On verra.
Simon Gosselin
. Gangster. Tentative de premier fric-frac. Premier flingue. Ça y est. Comme la veille. En flagrant délit de fringuant délire. Prendre des risques. Partir devant à deux. Tic & Tac lancés au-devant du tic-tac d’un sablier qui de sable s’égrène. Les Rapetou. Chimères de Rafle-tout. Venus pour délester Picsou de quelques écus. Amadou et Mariam. Mali-cieux. Vol sans escale pour une lune de miel à Bamako. Les Daft Punk. Harder, Better, Faster, Stronger. Mais seulement le temps d’un refrain. Car derrière ça monte le volume. Ça revient fort. Les Tontons haussent le ton. On pensait pousser Mémé dans les orties. Retour de bâton. Les Pépés poussent dans les sorties. (Tentative d'humour. Affectueuse. Esprit trail.)
Longue descente roulante. 10 km à mon avantage. Je sais pas si elle Grande Casse trois pattes à un canard. Mais elle fracasse deux cannes à son bipède. Du roulant. Pour moi ça roule. Réminiscences de la Côte Atlantique. Prémisses de la prépa-Templiers. Km 42. Le Padre. Surprenant. Il devait nous ravitailler au km 48. Sortie de route. Sortie du plan d’action. Sortie du plan d’alimentation. Panique. Aux oubliettes le gueuleton programmé. Pas envie de lâcher la bonne échappée. Incapacité à s’adapter à ce nouveau scénario. La dette glycémique en héritage. L’erreur de débutant dans le baluchon. Pourtant. Pic de forme. Sensations optimales. Du roulant. Pour moi ça roule. Dans 3 minutes. Je porte l’estocade. Guet-apens de la diligence. Une demi-heure sur un haut. Avant de toucher le bas. Dès le pied de l’ultime ascension. 1600 m. Un moment difficile. L’hédonisme au cachot.
5h de course. Mange du chou rave au dîner d’hier. Fais toi chourave ton goûter de ce jour. Proverbe savoyard. Privé de dessert. D’un coup. Plus de son. Plus d’image. Plus d’Amadou. Plus de Mariam. Plus de Daft Punk. Retour à l’anormal. Erreur de la banque en ma défaveur. Passer à la caisse du sur-régime. Car-jacké par l’hypoglycémie. Pris la main dans le sac. Et les pieds dans le tapis. Façon Jean Valjean. Et finir Misérables.
Dans les rouages. Plusieurs autres grains de sable. Optimisation de la contre-performance. Sur la fiche Bristol. À noter. Florilège d’apprentissages. Nouvelles chaussures. Première utilisation. Course de 7h. Douleurs après 30 minutes. Ampoules au bout de 45. Idée lumière. Les bâtons. Sur un parcours roulant. 0 dynamique. Idée dynamite.
Pendant ce temps-là. Simon Gosselin. Gangster. Épisode 2. Attaque franche. Le faussaire nous fausse compagnie. En compagnie de Patrick Bringer. Au vue du démarrage, brusque, net, je mettrais bien un billet sur lui. Vas-y frérot. Vas-y le Gémeau. Moi j’ai les jumeaux qui grincent. Les guiboles qui coincent. Regarder le cabri volé. Nous cambrioler. La Casa de Papel. Netflix en HD. Le Professeur qui donne la leçon. De Moscou à Rio. En passant par Nairobi. Robin pas venu pour couper du bois. Le shérif de Nottingham. Sortez les crèmes anales. Il a le coup de rein criminel. Putain. Impoli le garçon en plus. Parc de la Vanoise. Forêt de Sherwood. Même combat. La zone de confort. Pendant que Robin déboite. Je cale. Sévère. Plus la force. Au ravitaillement. Frère Tuck en détresse. Obligé de quémander des Tuc. Façon Petit Jean. Muni de courtes jambes.
5ème position. En travers. En seulement 4 kilomètres. 6 minutes de retard sur le premier binôme Gosselin / Bringer. 2 sur le second duo Vollet / Symonds. Rester mobilisé. Sonner l’alarme. Avant qu’elle ne coule sur ma joue. Ou que la gifle. Claque sur mes fesses. Le dos rond. Mental carré. Trajectoire rectiligne. Laisser passer l’orage. Car après la pluie. Trottine le beau temps. L’anticyclone du Trail. La météo des plages. Toi-même tu connais.
Bientôt la rentrée des classes. Autour de la Grande Casse. Souvenirs de la cour de récré. C’est parti. Pour une partie d’attrape-moi si tu peux. Les gendarmes et les voleurs. Au chat et à la souris. Chats perchés. En altitude. Après le ravitaillement, continuer à grignoter. Le retard. Même entre les repas. Et basculer. En haut. Avec le parrain de fringale. Le co-pilote de trou d’air.
Patrick Bringer
. À la 2ème place. Provisoire.
Dernière descente. Plus bas dans la vallée. Frère Simon décroche déjà le pactole. Ici. On déchire le pacte de non-agression. Pour la beauté du sport. Le fight. Le vrai. L’ivresse des sommets. Ali Baba au Rhum. Au menu. Pour le dessert. En guise de mignardise. Un finish de pâtissiers. Bataille à coups de rouleaux. En contrebas, Pralognan la Vanoise, Pralognan la Génoise. Paris-Tonnerre de Brest. Éclair de génie. Opéra de panache. Prendre les devants. Mettre le rythme. D- à ma main. Mille-feuilles et centaines de pages blanches pour se faire contrer. Greg Vollet. Toqué. Bib gourmand. Descente 3 Macarons au Guide Michelin. Nous ? Retoqués. Devant lui, un Faubourg Saint-Honoré vers la médaille d’argent. Pour moi. L’avenue des Champs-Élysées. Vers celle en chocolat. Monopoly quadricipital. En prison, la Rue de la Paix. Ici, c’est le sentier de la Guerre.
Km 63. Le finish. Tout ça pour ça. Plaquer le trail et se mettre au 100 m. Au cœur du village. Du cœur à l’ouvrage. Faire monter le palpitant. Pour faire grimper le suspense. Sur l’ultime faux-plat. Relancer. Prémisses de la prépa-Templiers. Apprentissages de l’année passée. Et monter sur le podium. 3ème. Pour une poignée de secondes. Avant la poignée de mains. Poignée de mains franche. Avec les adversaires du jour. Les amis d’hier. Les amis de demain.
7h03. 3 minutes d’avance sur le record. 14 minutes de retard sur le coach. Cette machine. La copie ? 14. Sur 20. Satisfaisant. Sans plus. Assez bien. Mais pas plus. Magnifique podium. Partagé. Avec l’ami.
Simon Gosselin
. En flagrant délit de fringuant délire. Prendre des risques. Et partir à deux. L’un gagnant. L’autre perdant. Le Grand Casse du siècle. Sourire de premier de la classe. Putain. Il a fini premier de la Grande Casse. C’est quand même la Grande Classe.



 

mercredi 11 décembre 2019

Saintélyon: une nouvelle performance sportive et littéraire de Baptiste Chassagne

Baptiste Chassagne, vous avez déjà lu sur ce blog, les récits passionnants qu’il a écrits sur ses précédentes courses.
Voici celui qu’il vient d’écrire sur la Saintélyon. Magnifique !







samedi 17 mars 2018

Le superbe compte-rendu de Baptiste Chassagne, vainqueur du Trail des Cabornis

TANGUY AU TRAIL DES CABORNIS 👨‍👩‍👧🍩
La Madre, la veille au soir : « T’as bien mangé ton pain d’épices ? Tu sais, c’est la première fois que tu t’aventures sur un parcours aussi long, tu vas avoir besoin de forces ». L’instinct maternel il parait. 
Le Padre, quelques minutes plus tard : « Tu as bien analysé le profil de la course ? Tu sais, c’est la première fois que tu t’aventures sur un parcours aussi long, tu vas devoir gérer ton effort ». L’instinct paternel il parait.
Du coup, je m’exécute. Pâtisserie dans la main gauche, téléphone dans la main droite, à la recherche de ce qui m’attend demain : 40 km, 1700 m de dénivelé positif, une belle bosse pour commencer, une autre pour nous achever, et entre les deux, les montagnes russes façon Monts D’Or.
Dimanche, sur la ligne de départ, la sérénité et l’insouciance m’ont quitté. Fait chier, j’aurais dû manger plus de pain d’épices et mieux analyser le parcours. Cette course est une Classique de la région, j’ai checké le palmarès, pour sûr, il y a des costauds qui se cachent dans le peloton. Je flippe. Puis je me rappelle les mots de La Madre : « Fais-toi plaisir ». Il fait beau, il ne fait pas trop froid, je m’apprête à faire ce que j’aime le plus, courir dans la nature : il y a pire.

Baptiste avec ses parents après la course
(Photo Trail des Cabornis)
Je pars très prudemment, conscient que si je tâche de suivre le tempo imposé par les participants du 23km je risque de le payer ensuite. Première difficulté. Je monte à mon rythme, sans aucun repère quant à ma position, perdu entre les fibres rapides du 23 et les fibres lentes du 40. Dans le flou. Jusqu’à croiser une première fois mon vrai repère, celui qui jamais ne fait défaut, Le Padre : « 3ème, à 45 secondes de la tête ». Génial ! Enfin je sais ce qu’il en est, enfin je vais pouvoir produire mon effort, enfin je vais pouvoir batailler. Le chasseur plutôt que le chassé.
1h30 de course. Nous arrivons à mi-parcours. Le moment de conclure le premier chapitre et d’ouvrir le deuxième par une longue descente boueuse qui nous fait glisser jusqu’à la Saône. Les encouragements des bénévoles compensent le slogan que je m’inflige en boucle « Et ouais mon pote, il va falloir tout remonter ensuite ». Pourtant l’ascension raide qui suit me confirme qu’aujourd’hui, les cannes ont du sucre. J’ai du jus. Manque plus que le rhum et au prochain ravitaillement je sirote un Ti’Punch. J'accélère la cadence, allonge la foulée, m'applique sur chaque relance, mais rien n'y fait, impossible de revenir sur la tête de course. La modestie m'assène un coup de massue quand l'humilité assure le retour de bâton : je me suis vu trop beau. 
À douter, je suis pourtant moins attentif aux kilomètres. Déjà le 30ème. Toujours pas de coureur à l’horizon mais c’est bien mon repère, celui qui jamais ne fait défaut, que j'aperçois. Le Padre : "Tu es premier, tu as pas mal d'avance, les autres ont emprunté un mauvais chemin". Surpris, frustré de ne pas avoir combattu, je m'énerve : "Qu'est-ce que tu me racontes? Tu m'as dit que j'étais troisième!" La seconde d'après, je regrette ces paroles. « Putain le Padre, il bosse toute la semaine, il se lève le dimanche matin à 7h pour t'encourager, il te voit passer même pas 2 fois 30 secondes, et toi, toi tu l'envoies bouler… tu veux finir déshérité ou quoi? ». Honteux de mon ingratitude, je me venge sur les quadriceps. Il faut que je cours vite, il faut que je cours loin de cette réaction, il faut que je le rende fier. 
36ème km, l'ultime montée. À défaut d'avoir pu croiser le fer avec les autres costauds, je décide de guerroyer avec le chrono. C’est ça aussi le trail : ne pas se perdre, rester alerte quand les jambes tirent la sonnette d’alarme, conserver une once de lucidité même lorsque tu pénètres dans une obscure zone d’inconfort. Pour ce dernier round, sur le ring, ce sera donc moi contre la barre des 3h. Pourtant, au 39ème km, c’est La Madre qui porte l’uppercut final. Un encouragement dont elle seule a le secret : « Allez mon Titou !!! ». « Putain, heureusement que c’est un Trail et pas le marathon de Paris. » T’imagines la honte sinon à l’écoute de ce surnom qui m’accompagne depuis cette époque où j’étais une petite boule plus large que haute… 
La barre des 3h est vaincue. 2h59. Un goût indescriptible, nouveau. Je passe seul la ligne d’arrivée mais la victoire est collective. Un travail d’équipe. La Madre, Le Padre, le pain d’épices et moi. En fait, j’ai gambadé loin de la maison dès 18 ans, mais je resterai toujours un Tanguy. Au Trail des Cabornis... ou ailleurs.